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1974

Tuesday, March 20th, 2007


- Rencontre barthésienne au Progrès au sujet de l’ajout de citation de Barthes sur Wikipédia. Parmi les participants, Agnès de Cayeux, Stéphanie Cléau, Dominique Quessada, Francis Marmande, Annick Rivoire, Françoise Romand, Jérôme Gautheret, et bien d’autres … Agnès et Stéphanie exposent leur démarche sur Wikipédia, et demandent aux participants de les aider à trouver et à formuler des arguments pour la rencontre avec le modérateur de wikipédia, le “wikipompier”. Il n’était pas question de faire un débat sur wikipédia, ou de dénoncer quoique ce soit.
Francis Marmande nous explique sa mésaventure de chroniqueur à propos de l’un de ces papiers sur wikipédia, “Madame Wikiwiki”, et la bordée d’injures qu’il a reçu en retour. Le sujet est sensible.
Que révèle l’intrusion d’Agnès et de Stéphanie sur wikipédia? Cette encyclopédie se prétend, ou est présentée comme une utopie libertaire, ouverte à tous, un savoir par tous et pour tous, avec un fonctionnement horizontal, ou chacune et chacun est le garant de l’information et du savoir qui est délivré. L’intrusion barthésienne révélera très vite les mécanismes de contrôle et comment finalement le système se reverticalise.
Dominique Quessada soulève assez vite un problème qui est celui de l’intention de départ. Pour lui, nous nous attendions forcément à quelque chose par ce geste, et nous ne devons pas nous étonner du résultat. Il considère que le geste d’Agnès et Stéphanie n’est pas innocent, qu’il est même subversif. Que le dispositif wikipédia n’estt pas de laisser faire. Que le propre de l’encyclopédie n’est pas d’accueillir ce genre de geste subversif, mais de diffuser un savoir. De fait, Agnès et Stéphanie se retrouvent dans une posture non voulue, non décisionnelle au départ qui est celle de la “terroriste sans emploi et sans volonté”.
Pourtant, le geste d’Agnès et Stéphanie n’avait rien d’agressif. C’est plus une démarche “questionneuse”, et par là, critique, qu’elles ont empruntée.

Textes
Le critique (s’il existe encore) n’est-il pas celui qui met en rapport des textes éloignés ? (III 17) Qu’est-ce donc m’a pris d’en faire (la figue) un fruit tentateur, un fruit immoral, un fruit philosophique ? A moins que derrière la figue il n’y eût, tapi, le Sexe, Fica ? (III 18) S’agit-il d’un lieu réel (le séminaire) ou d’un lieu fictif ? Impose-t-elle de reconnaître des niveaux, une hiérarchie ? Mais le Texte ? Possède-t-on plus ou moins bien la langue du Texte ? Où est la relation transférentielle ? (III 21) La différence, ça veut dire quoi ? (III 22) Sait-on à quoi remonte, par la voie étymologique, le mot «étourdi» ? (III 24) Comment passer la main ? Comment esquiver la maîtrise ? Cette question dépend d’un autre : quelle est, au fait, ma place dans notre séminaire ? Professeur ? Technicien ? Guru ? (III 26) Enseigner n’est-ce pas, toujours, répéter ? (III 27) La musique n’est-elle pas un art du silence intelligent ? (III 31) Alors, la Chine ? On part pour la Chine, muni de mille questions pressantes et, semble-t-il, naturelles : qu’en est-il, là-bas, de la sexualité, de la femme, de la famille, de la moralité ? Qu’en est-il des sciences humaines, de la linguistique, de la psychiatrie ? On s’interroge alors soi-même : et si ces objets, dont nous voulons à tous prix faire des questions (le sexe, le sujet, le langage, la science) n’étaient que des particularités historiques et géographiques, des idiotismes de civilisation ? (III 32) Ai-je parlé de fadeur ? La paix (à quoi l’onomastique chinoise fait si souvent référence) n’est-elle pas cette région, pour nous utopique, où la guerre des sens s’abolie ? (III 33) Le sujet humain ne peut-il cependant avoir un autre désir : celui de suspendre son énonciation, sans, pour autant, l’abolir ? N’est-ce pas finalement une piètre idée du politique, que de penser qu’il ne peut advenir au langage que sous la forme d’un discours directement politique ? (III 35) Qu’est-ce que donc que le texte ? (III 38) Comment ces trois expériences sémiologiques, l’espoir, la Science, le Texte, sont-elle présentes en moi aujourd’hui ? (III 39) Si ce n’était pas ce sujet-là qui était contradictoire, mais la Modernité elle-même ? La censure évidente que l’avant-garde impose à Michelet se retournerait alors contre elle au titre d’une illusion, d’une fantasmagorie négative qu’il faut expliquer : l’Histoire - dont fait partie la Modernité - peut être injuste, dirais-je parfois imbécile ? (III 42) Comment pourrions-nous dire (sans craindre le néologisme) ? La Métabologie ? Le sursaut de Michelet dans son siècle, siècle qu’il jugeait en quelque sorte «éteint», c’est d’avoir obstinément brandi la Valeur comme une sorte de flamme apocalyptique, car l’idée la plus moderne - idée qu’il partage précisément avec Nietzsche et Bataille -, c’est que nous sommes dans la fin de l’Histoire, et, cela, quelle avant-garde oserait encore le reprendre à son compte ? Qu’est-ce qui se répète dans un langage ? (III 42) La littérature, cependant, peut-elle être autre chose que très indirectement lucide ? (III 46) N’a-t-il pas (Léon Bloy) vu dans Sade «une famine enragée d’absolu», préfigurant ainsi d’un mot, unique sans doute à son époque, toute la théologie inversée dont Sade a été l’objet depuis ? (III 47) N’est-ce pas la «toilette du mort» que nous venons suivre ? Cette inscription, comment la payons-nous ? Qu’est-ce que nous lâchons ? Qu’est-ce que nous gagnons ? (III 48) Si on prend par exemple un roman de type assez traditionnel - par exemple un roman de Balzac -, en quoi ce roman participe-t-il à une certaine socialité ? (III 58) Dans le roman, y a-t-il des novations ? Des mutations ? Qu’est-ce que le «populaire» ? Si je voulais faire de la critique : qu’est-ce que serait la critique populaire ? De la critique petite-bourgeoise ? (III 63) Comment est-il possible d’imaginer l’engagement dans le problème du monde, d’une part, et d’autre part une activité qui paraît effectivement gratuite, désengagée, de pur plaisir ? (III 64) Pourquoi n’avons-nous pas, actuellement, à côté des textes limites, des textes d’expérience, une littérature proprement réaliste, qui dépeindrait d’une façon critique, démystifiante, la société dans laquelle nous sommes et dont nous le voulons pas ? (III 65) Pourquoi n’y aurait-il pas, dans l’avant-garde comme ailleurs, un énorme déchet ? Que reste-il déjà des formes de l’ancienne littérature ? (III 72) Que vaudrait et que deviendrait une société qui renoncerait à se distancer ? Et comment se regarder autrement qu’en se parlant ? (III 76)